Je dessine les courbes de ton corps , entre mes phalanges elles glissent , se confondent avec l'arrière plan et redeviennent lisible le soir . Tes hanches grises sur nos draps blancs , ta bouche rouge sur mon corps blanc , ton souffle sur mon cou froid . Des mains tristes touchant le bonheur un peu fragile , un peu trop vite parti? C'est pas fait pour être eternel ? L'eternel de tes baisers , c'était réel ça?
Et je dessine encore tes formes aux crayons , je gomme puis je recommence. Je m'en souviens encore ou plutôt toujours . Ces lèvres sucrées et ce regard passionnant , ce « truc » dont ta singularité te rendait unique . L'unique chose , celle qui manque à ma vie.
Et je m'aperçois que je dors chaque jour un peu plus , je sais inconsciemment que tu ne seras pas là quand je me réveillerais . Alors je rêve secrètement la nuit, sans interdit , je t'imagine . Main dans la main, tu cours et je te suis , un peu trop vite encore d'ailleurs, sans vraiment avoir une destination prévue d'avance . Juste aller , sans jamais s'arrêter et sans au revoir . Les matins frileux , tu me caressais la peau et le soir , je me blottissais contre toi entre regardant au loin , sans savoir de quoi sera fait demain . Nos épaules éphémères s'enracinent dans le sable chaud , nos regards se croisent , la pluie nous diabolise un peu plus .
Le retour à la réalité est souvent moins agréable que ces doux souvenirs qui vous arrache littéralement le c½ur et qui vous brûle le peu de réalité qui reste en vous . Le besoin de cet évasion est comme une drogue, celle qui rend ma journée possible à vivre et qui me réconforte le c½ur quand je ne sais plus s'il bat encore . Cette partie de la journée qui dépasse toutes les barrières de l'espace et celle dont je peux m'imaginer avec toi et ressentir les effets . Là où les mots n'ont plus d'importance , où il n'y a plus besoin d'explication seulement de : « On verra demain ».
Je plonge mes yeux dans les tiens quand je ne sais plus regarder à travers moi . Quand les choses ne vont plus , c'est autour de toi que je trouverais la réponse . Ma transfiguration.
Pour le meilleur ou pour le pire, je ne le fais qu'avec ma profondeur.
Mais cette espace mentale , tout ça , c'est malheureusement que dans la tête et la réalité me rattrape vite, trop vite ...
Le réveil sonne . Fur et à mesure mes yeux s'ouvrent laissant pénétrer la lumière du jour . Il est 8h , déjà, et les bruits de la ville se font sentir . Je me lève . La froideur glaciale de la chambre me donne des frissons . Je m'empresse alors d'aller au bord de la fenêtre pour bénéficier dès quelques rayons de soleils présents . Cette nuit fût encore comme toutes les autres : ton visage toujours autant présent et mon rêve aussi irréaliste . Depuis ta mort , ça n'a pas été facile , pour ne pas dire difficile même . Le temps ne paraît plus frugal et mes pas plus lourds. La psychologue dit que c'est normal , que ta marque en moi est toujours présente . Elle m'a dit « Ne vous inquiétez pas , ça passera » , alors j'ai décider de patienter silencieusement .
Ce que j'aime le plus en début de journée c'est de regarder par la fenêtre , de scruter les personnes dans la rue et de m'imaginer leur vie ou leur pensée . C'est assez marrant , et vraiment distrayant. Une fois, j'ai insisté à une scène de ménage plutôt féroce : Un homme sort du fleuriste avec un bouquet de fleurs et attentant son élu au coin de la rue , j'ai supposé sa femme . Celle-ci arrive , début alors la scène des baisers . Mais lorsque une autre femme arrivait en furie vers cet homme , j'ai compris que ça ne devenait pas être vraiment sa femme mais plutôt sa maîtresse . Je vous laisse imaginer la suite ...
C'est assez amusant de voir que le monde est peuplé d'individus très différents , que un homme meurt tout les six secondes ou qu'un nouveau né naît tout les dix secondes , que il y ait 6 millions de personnes en France et une personne proche de vous disparait et votre équilibre semble bouger . C'est amusant . Le monde semble si vaste , que notre existence paraît ridicule . Quelqu'un a t-il vraiment besoin de nous ? Cette question , je l'ai analysé , re-analysé , rechangé sans aboutir à aucunes réponses . Ce sont des questions existentielles dont personne n'a vraiment su quoi y répondre et qui trône dans ma tête toute la journée . [...]